La transition numérique en Europe centrale et orientale

Le Test Covid :

 vers une transition numérique de l’économie des pays d’europe centrale et orientale 

Un article de Paul Sapriel. 

 

  1. Le Covid, révélateur et catalyseur de développement de l’économique numérique en Europe centrale 

 

Au cours des cinq premiers mois de la pandémie de Covid-19, l’économie numérique en Europe centrale et orientale (PECO) a connu une croissance presque deux fois plus rapide que les deux années précédentes. En effet selon un rapport de McKinsey intitulé “Digital Challenger in the next normal”, il est estimé qu’entre janvier et mai, l’économie numérique en Europe centrale et orientale a connu une croissance de plus de 14 %, soit 5,3 milliards d’euros.

Près de 12 millions de nouveaux utilisateurs de services en ligne sont apparus en Europe centrale et orientale au cours des premiers mois de la pandémie. La croissance la plus forte a notamment été observée chez les consommateurs de plus de 65 ans. Par ailleurs selon le même rapport, les effets de la pandémie comme le changement dans les modes de consommation de services digitaux pourraient être durables, notamment du fait que les mesures de santé et de sécurité liées au Covid qui sont amenées à se prolonger. Environ 70 % des personnes interrogées affirment qu’elles continueront à utiliser de nouveaux services numériques après la pandémie.

Ce rapport s’appuie sur la série d’études de McKinsey qui examine la montée de ce qu’il appelle les “challengers numériques” dans la région des PECO. L’analyse a porté sur dix pays : La Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie sont considérés comme des challengers numériques car ils présentent un fort potentiel de croissance à moyen terme. Selon les recherches menées dans le cadre de ces précédents rapports, une transition numérique réussie dans la région pourrait contribuer à une hausse de 200 milliards d’euros du PIB d’ici 2025. Ainsi,  l’effet d’accélération observé lors de l’épisode du Covid s’inscrit dans une tendance plus générale qui est une transition numérique déjà bien amorcée de la région. Entre, 2017 et 2019, l’économie numérique dans les PECO a connu une croissance de près de 8 % par an, atteignant en 2019 une valeur d’environ 94 milliards d’euros.

Le coronavirus a montré que les nouvelles technologies sont une garantie d'outils anticrise ciblés. Leur application a permis d'éviter la paralysie économique pendant le confinement Nous avons remarqué l'importance de l'efficacité de l'internet, qui a permis de passer à un espace de travail virtuel, à l'éducation et aux soins de santé.
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  1. Une région avec de nombreux atouts pour devenir un acteur important dans l’économie numérique 

La croissance économique, l’infrastructure numérique de qualité ainsi que le nombre de diplômés supérieur qui est en augmentation sont autant de facteurs qui prédisposent la région à devenir un acteur significatif de l’économie numérique dans la décennie 2020. En effet, la région dispose de bons systèmes d’enseignement primaire et secondaire, ainsi que d’un important réservoir de talents, avec 216 000 diplômés dans les disciplines STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) en 2018.

De plus un écosystème du numérique émergent et dynamique en cours de constitution semble indiquer que la région est sur la voie pour être un fournisseur important de services numériques. En XX, La capitalisation des licornes des PECO valant environ 31 milliards d’euros.

Néanmoins, loin d’être un bloc homogène en termes d’adoption et de production des services numériques, de fortes disparités entre régions, entreprises et des niveaux de pénétration différents par technologie et branche de l’économie numérique : 

Des entreprises, en particulier les grands groupes avaient déjà beaucoup investit dans le numérique avant la crise et vont donc bénéficier de la crise car ayant des infrastructures numériques déjà en place. 

Cependant d’autres organisations n’ont pas fait ce choix. C’est le cas en particulier dans le secteur public et les petites et moyennes entreprises. 

La Slovénie, la Tchéquie et la Hongrie sont leader en terme de dévelopement du numérique, tandis que la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne sont les pays ou le niveau de pénétration est le plus bas. Les technologies et sujets qui ont les plus bas taux de pénétration et d’adoption sont les services de paiements et les factures électroniques. L’interopérabilité des données reste également une problématique importante. 

Afin de pallier à ces retards, le suscité rapport McKinsey recommande aux entreprises d’adopter une approche holistique en numérisant les interactions avec les clients, en optimisant les opérations et en modernisant l’informatique.

  1. Un agenda politique en terme de transition numérique qui reste à compléter : 

Les défis numériques représentent 100 millions de citoyens et 1,5 trillion d’euros de PIB, ce qui équivaut à la douzième économie mondiale. Pourtant, malgé ces éléments et l’effet pull important parmi de nombreuses franges de la population et confirmé par l’épisode du covid, il y a une relativement peu d’initiatives de la part des gouvernements de la zone PECO pour accélérer la transition numérique des entreprises et du service public. La numérisation permet à toutes les villes de l’UE de devenir plus compétitives et plus attrayantes pour les citoyens et les entreprises. La transition numérique est un élément récurrent dans les travaux menés par le partenariat européen d’innovation sur les villes et communautés intelligentes depuis 2014 et, récemment, elle a également fait l’objet de discussions approfondies dans le cadre du partenariat spécifique de l’Agenda urbain pour l’UE.

Les incitations pour les PME à numériser et la création de hub technologiques pourrait contribuer à développer et pérenniser les ecosystèmes du numérique dans la région. 

 

  1. Une collaboration régionale qui en est à ses débuts : 

 

Si certaines initiatives de collaboration régionale entre les PECO existent déjà – l’initiative des trois mers en est l’exemple le plus notable -, aucune d’entre elles ne se concentre exclusivement sur la numérisation ; il n’existe pas non plus de collaboration visant à unifier l’environnement commercial numérique des PECO ou ayant des équipes de travail qui mettent en œuvre de telles initiatives. Un renforcement de cette collaboration pourrait contribuer à l’échange des meilleures pratiques en matière de numérisation, d’innovation et d’entrepreneuriat dans les secteurs publics et privé

A ce titre, McKinsey suggère de créer une nouvelle entité, un Conseil numérique de la CEE. Un tel organisme pourrait contribuer à partager les meilleures pratiques et les connaissances dans toute la région, et à établir des normes communes pour la numérisation. Les pays du nord de l’europe ont déjà mis en œuvre un concept similaire par l’intermédiaire du Conseil nordique – un organisme officiel de coopération interparlementaire créé en 1952. 

Parmi les projets du Conseil figurent plusieurs initiatives numériques, dont le programme “Nordic Smart Government”, qui poursuit trois objectifs clés : accroître la numérisation au sein des gouvernements et de la société, améliorer la compétitivité de la région par l’innovation et renforcer le marché unique numérique dans la région nordique et balte.

 

Certains développements récents semblent cependant indiquer une prise de conscience du manque de structuration et de fédération des écosystèmes dans la région CEE. Ces initiatives émanent généralement de la communauté des entrepreneurs et acteurs des écosystèmes nationaux désireux de poursuivre la transition numérique de la région. 

Par exemple, le prix Emerging Europe Awards, ou des initiatives pour rassembler et connecter les sociétés du numériques tels que les Tech Emerging Europe Advocates – une communauté régionale d’entrepreneurs, de dirigeants, d’experts et d’investisseurs technologiques qui regroupe 20 000 personnes – ont vu le jour récemment.  Ces développements vont certainement contribuer à créer des consensus et à faciliter les échanges de bonnes pratiques, permettant ainsi à ces écosystèmes de se structurer en se fédérant afin de pouvoir continuer à se développer. 

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