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1. Introduction

La Roumanie occupe une position unique au sein de la région de l’Europe du Sud-Est, tant sur le plan géographique que culturel. Elle se trouve à l’intersection de l’Europe centrale, de l’Europe de l’Est et des Balkans : un point de rencontre où différentes influences historiques ont fusionné et se sont affrontées. Cette position stratégique a non seulement façonné l’identité de la Roumanie, mais en a également fait un acteur central de l’intégration régionale et de la coopération européenne. Située le long de l’isthme ponto-baltique, la Roumanie donne accès à des voies de transport vitales, notamment au réseau de transport transeuropéen. La Roumanie contrôle plus de 30 % du Danube, la voie navigable la plus importante d’Europe, et bénéficie d’un accès direct à la mer Noire. Ce positionnement stratégique en fait un lien crucial entre l’Europe, les Balkans et le Moyen-Orient. Le pays a le potentiel de servir de plaque tournante logistique pour le commerce européen et mondial, en particulier dans des secteurs tels que l’agriculture, le commerce et l’énergie.[1]

Figure 1. Carte politique de la mer Noire

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La Roumanie possède d’importantes ressources naturelles, notamment du charbon, du bois, des terres agricoles fertiles et d’importantes réserves de gaz naturel et de pétrole. Elle figure également parmi les pays européens les plus prometteurs en matière de développement des énergies renouvelables, notamment l’énergie éolienne.[2] La centrale hydroélectrique des Portes de Fer (Portile de Fier), l’une des plus grandes d’Europe, souligne le rôle de la Roumanie dans la production régionale d’énergie.

La trajectoire du pays dans le cadre européen a été marquée par la résilience et l’ambition. Si le processus d’intégration européenne n’a pas été sans difficultés, la Roumanie s’est engagée sur la voie de l’ouverture, de la modernisation et de l’alignement sur les valeurs européennes. Le cheminement de la nation vers une pleine participation au projet européen reflète une aspiration de longue date à la stabilité et à la croissance.

La Roumanie n’est plus seulement un pays de passage, mais un carrefour stratégique en pleine émergence. En l’espace de trente ans, Bucarest a parcouru un chemin qui l’a conduit des sables mouvants du post-communisme au seuil de la centralité européenne. Ce progrès n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat d’une nécessité historique et d’une décision stratégique. Située à la limite orientale de l’Occident et au centre des tensions eurasiennes, la Roumanie a su tirer parti de son statut intermédiaire pour se présenter comme un pilier du flanc sud-est de l’UE et de l’OTAN, ainsi que comme un interlocuteur actif dans l’espace de la mer Noire. Depuis son adhésion à l’OTAN en 2004, la Roumanie a renforcé son rôle stratégique en matière de défense et de sécurité. Le pays accueille des bases militaires américaines et a permis à l’OTAN d’établir des infrastructures de défense essentielles, notamment le système de défense antimissile de Deveselu.[3] La participation active de la Roumanie aux opérations militaires internationales a renforcé son rôle de fournisseur de sécurité au sein de l’alliance.[4]

Pour comprendre l’évolution de la position roumaine entre liens euro-atlantiques et ambition régionale, entre défense de son identité et construction de son influence, il faut suivre le fil rouge qui relie Constanta à Chişinău, la mer Noire à Bruxelles et l’Atlantique au Caucase. La trajectoire, bien que marquée par des succès diplomatiques, reste incomplète en raison de la fragilité structurelle et des ambiguïtés internes. Pour comprendre le rôle actuel et futur de Bucarest, la Roumanie ne doit pas être considérée comme une périphérie mais comme une frontière : une zone de contact, de friction et, peut-être, de synthèse.

Un proverbe roumain dit : “Unde-s doi, puterea crește”, ce qui se traduit par “Quand deux personnes sont ensemble, la force augmente” Ce sentiment capture l’essence de la voie à suivre par la Roumanie : une voie qui englobe à la fois le progrès national et la solidarité régionale.

2. Notes historiques et racines géostratégiques

L’identité moderne de la Roumanie a été façonnée par sa situation géographique stratégique, à l’intersection de l’Europe centrale, de l’Europe de l’Est et des Balkans.

2.1. Le chemin historique de la Roumanie vers l’intégration européenne

Issue des régions historiques de Moldavie, de Valachie et de Transylvanie, la formation d’un État roumain unifié a été un processus long et complexe, influencé par les pressions extérieures des empires ottoman, russe et des Habsbourg. La création de la Roumanie moderne remonte à l’unification des Principautés de Moldavie et de Valachie en 1859 sous la direction d’Alexandru Ioan Cuza. Cette union a jeté les bases d’une période de modernisation et de réformes institutionnelles, renforcée par l’instauration d’une monarchie étrangère en 1866 sous la direction de Carol Ier de Hohenzollern-Sigmaringen.

L’indépendance du pays a été consolidée à la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878, la Roumanie devenant un État souverain reconnu après le traité de Berlin. Cependant, l’unité nationale complète n’a été réalisée qu’en 1918, lorsque la Transylvanie, le Banat, la Bucovine et la Bessarabie ont rejoint la Roumanie après la dissolution des Empires austro-hongrois et russe. Cette unification a transformé la Roumanie en une puissance européenne de taille moyenne, dotée de ressources territoriales étendues et d’une population croissante.

Malgré ces progrès, la Roumanie a été confrontée à d’importants défis “géopolitiques” tout au long du XXe siècle. La Seconde Guerre mondiale a entraîné des pertes territoriales, notamment l’annexion par l’Union soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine septentrionale, ainsi que la cession de la Transylvanie septentrionale à la Hongrie. Le changement d’alliances qui a suivi a conduit la Roumanie à s’aligner d’abord sur les puissances de l’Axe avant de passer aux Alliés en août 1944, une décision a qui placé finalement le pays dans la sphère d’influence de l’Union soviétique. Le régime communiste, qui s’est installé en 1947 après l’abdication du roi Michel, a transformé la Roumanie en un État à parti unique aligné sur Moscou.

Sous le régime communiste, les politiques économiques oscillent entre la planification centrale de type soviétique et l’indépendance économique d’inspiration nationaliste, en particulier sous Nicolae Ceaușescu. Son refus de participer à l’invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie en 1968 a brièvement fait de la Roumanie une exception au sein du bloc de l’Est, ce qui lui a valu un soutien temporaire de l’Occident. Cependant, dans les années 1980, les politiques de Ceaușescu en matière de remboursement de la dette, d’austérité économique et de culte de la personnalité ont conduit à des difficultés généralisées, qui ont finalement abouti à la révolution de décembre 1989.

2.2. Transition post-soviétique et intégration européenne

L’effondrement du communisme en 1989 a marqué le début d’une transition complexe de la Roumanie vers la démocratie et l’économie de marché, motivée par le désir de se distancer de l’influence russe et d’établir une affiliation solide avec le bloc européen. Le début des années 1990 a été marqué par l’instabilité politique, les luttes économiques et les tensions sociales, alors que le pays relevait les défis de la transformation postcommuniste. Malgré une résistance initiale aux réformes structurelles profondes, les gouvernements successifs ont progressivement aligné les politiques de la Roumanie sur les institutions euro-atlantiques.

Le pays a officiellement demandé à adhérer à l’OTAN en 1993 et est devenu le premier participant au programme de partenariat pour la paix en 1994. Toutefois, ce n’est qu’en 2004 que la Roumanie a officiellement rejoint l’OTAN, après une vague de réformes internes visant à moderniser son secteur de la défense et à renforcer ses institutions démocratiques. L’adhésion à l’OTAN a considérablement renforcé la position de la Roumanie en matière de sécurité, en inscrivant le pays dans un cadre plus large de défense transatlantique et en réaffirmant son engagement en faveur de la stabilité régionale.[5]

Parallèlement à ses aspirations à l’OTAN, la Roumanie a cherché à adhérer à l’Union européenne. Bien que les relations diplomatiques avec l’UE aient été établies en 1990, le pays a dû faire face à des obstacles importants, notamment en matière de gouvernance, d’indépendance judiciaire et de lutte contre la corruption.[6]Le processus formel d’adhésion à l’UE a débuté en 2000 et s’est achevé par l’entrée de la Roumanie dans l’Union en 2007, aux côtés de la Bulgarie.[7] Cette étape a marqué l’achèvement de la réintégration de la Roumanie au sein de la famille européenne, en lui donnant accès aux fonds structurels, à des opportunités commerciales et à un alignement institutionnel approfondi avec les normes de l’Union européenne.

La trajectoire post-soviétique de la Roumanie a connu deux moments symboliques : l’adhésion à l’OTAN en 2004 et à l’Union européenne en 2007. Ces deux étapes ont confirmé l’ancrage euro-atlantique de Bucarest, qui ne s’est achevé, du moins formellement, qu’en 2025, avec l’entrée complète de la Roumanie dans l’espace Schengen et la suppression définitive des contrôles aux frontières intérieures, y compris les frontières terrestres. Le long veto autrichien, qui a duré plus d’une décennie, a longtemps représenté une blessure diplomatique et reflété les ambiguïtés de l’Union. La révocation, qui s’est déroulée en deux temps (mars 2024 pour les frontières aériennes et maritimes, janvier 2025 pour les frontières terrestres), a marqué la reconnaissance du statut pleinement européen de la Roumanie.

Historiquement, la Roumanie a toujours occupé une position intermédiaire : à la lisière de l’Empire ottoman, puis soumise à la pression impériale tsariste et soviétique. Aujourd’hui, elle tente de tirer parti de sa position géographique et d’en faire un avantage stratégique.
Lieu de passage et de friction, suspendu entre les mondes – latin et slave, orthodoxe et catholique, oriental et occidental – il a été maintes fois divisé ou ignoré par les grandes puissances.

Ce n’est pas un hasard si Bucarest est souvent défini comme un “entre-deux géopolitique”[8], coincé entre les tensions de la mer Noire, la péninsule anatolienne et le cœur de l’Europe centrale. Et c’est précisément cette instabilité géographique qui a alimenté le désir de la Roumanie de ne pas rester à l’écart mais de devenir la clé de voûte du flanc sud-est de l’Union.

Figure 2. L’Union européenne en juillet 2025

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La Roumanie n’est pas un simple bastion mais aspire à être un pivot et un protagoniste. Cette ambition se traduit par la volonté constante de jouer un rôle actif dans les processus décisionnels régionaux, non pas en tant que simple exécutant des directives occidentales, mais en tant qu’interlocuteur autonome, capable de jouer un rôle de médiateur entre les grandes puissances et les dynamiques locales. C’est un défi qui n’est pas sans obstacles, mais que la Roumanie semble déterminée à relever.

De la création du groupe B9 avec la Pologne pour soutenir l’Ukraine à un rôle de leader dans les Balkans et en coopération avec la Moldavie, Bucarest tente une synthèse difficile entre allégeance atlantique et autonomie régionale. En parallèle, elle a adhéré sans réserve à l’initiative des trois mers, cherchant à s’imposer comme une plaque tournante infrastructurelle et stratégique entre la mer Baltique, la mer Adriatique et la mer Noire, tout en contenant l’influence russe et, de manière plus tacite, l’influence allemande.

Ces dernières années, la mer Noire est apparue comme une véritable théâtre de confrontations et d’opportunités, ce qui a entraîné un positionnement de plus en plus prudent dans le triangle géopolitique entre Bruxelles, Washington et Istanbul. Ainsi, la base militaire Mihail Kogălniceanu, renforcée par la présence américaine, témoigne d’une volonté de rendre irréversible l’intégration atlantique. Par ailleurs, l’intérêt de la Roumanie pour une plus grande coopération avec les pays voisins signale son ambition de forger son propre “hinterland géographique”, en étendant son influence le long des axes nord-sud et est-ouest.

Bucarest veut être un pont entre la périphérie et le centre de l’espace européen en termes de sécurité, non seulement en tant que consommateur mais aussi en tant que fournisseur. Elle veut servir non seulement de frontière, mais aussi d’intermédiaire. Cette position implique des coûts, des ambiguïtés et des adaptations permanentes, mais elle représente l’essence même de la condition roumaine.

3. Politique étrangère roumaine : sécurité, identité et influence régionale

La politique étrangère de la Roumanie suit une double approche, clairement définie dans les documents stratégiques officiels : d’une part, la consolidation de l’intégration euro-atlantique ; d’autre part, l’affirmation d’un rôle régional proactif, en particulier dans les régions de la mer Noire et des Balkans. Dans la pensée stratégique militaire roumaine, la défense des intérêts nationaux est poursuivie à travers “une approche intégrée et globale” visant à renforcer la capacité de réponse, la résilience et contribuer activement à la sécurité collective[9]

Cette doctrine à deux piliers est ancrée dans la stratégie de défense nationale, qui définit la Roumanie comme “un acteur de la stabilité régionale” et souligne l’importance de la coopération à plusieurs niveaux, tant au sein de l’OTAN que dans des formats régionaux et bilatéraux.[10]

L’expérience historique, toujours suspendue entre empires et zones frontalières, a favorisé le développement d’une culture stratégique basée sur ce que l’on pourrait appeler la ” survie proactive ” : une tension permanente entre dissuasion et alignement, entre autonomie décisionnelle et appartenance à des alliances plus larges. C’est surtout depuis 2014, suite à l’annexion de la Crimée par la Russie, que Bucarest a commencé à développer une pensée stratégique plus autonome, cherchant à transformer sa vulnérabilité géographique en levier diplomatique.[11]

Aujourd’hui, la Roumanie se présente non seulement comme un avant-poste de l’OTAN sur le flanc sud-est, mais aussi comme une plateforme de connexion entre l’Europe centrale et orientale, la mer Noire et le Caucase. Dans ce contexte, l’interconnexion des territoires, des agendas et des alliances devient le pivot autour duquel s’articule l’ensemble de l’action extérieure.

Cette vision se traduit par une série d’initiatives concrètes qui peuvent être résumées de la manière suivante :

  • Le développement de la base aérienne Mihail Kogălniceanu, destinée à devenir le principal centre logistique de l’OTAN en Europe du Sud-Est ;[12]
  • Une politique énergétique diversifiée, s’opposant aux projets tels que Nord Stream 2 et favorisant des corridors alternatifs tels que le BRUA ;[13]
  • Une coopération renforcée avec la Moldavie, considérée à la fois comme un partenaire culturel et une zone tampon géopolitique, et avec d’autres partenaires régionaux ;
  • Une participation active aux formats multilatéraux, tels que les Neufs de Bucarest (B9) et l’Initiative des Trois Mers, où la Roumanie aspire à jouer un rôle de premier plan.

Bien que divers, ces éléments s’inscrivent dans une stratégie globale visant à positionner Bucarest comme un fournisseur de sécurité et un médiateur régional, capable de surmonter le rôle passif et marginal traditionnellement attribué à la périphérie de l’Europe.

3.1. Le lien euro-atlantique

La position stratégique de Bucarest est fondamentalement ancrée dans son alliance avec les Etats-Unis. Le rôle central de la Roumanie en tant que plateforme opérationnelle de l’Alliance est confirmé par les bases militaires présentes sur le territoire roumain, notamment celle de Mihail Kogălniceanu, qui sert de centre logistique de l’OTAN pour la mer Noire. L’escalade en Ukraine après 2014 a entraîné une augmentation de la coopération avec Washington, qui est finalement devenue l’une des pierres angulaires de la sécurité nationale.

La Roumanie est passée du statut de membre périphérique à celui de centre critique de l’architecture euro-atlantique en 2022, à la suite de l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie. Le contingent de l’OTAN a été élargi, les exercices militaires se sont multipliés et la présence américaine a été stabilisée en tant que garantie stratégique à long terme.[14]Toutefois, le lien euro-atlantique est également politique. Bucarest se présente comme un “bon élève” du front occidental, intransigeant dans son adhésion aux directives de l’OTAN et dans son respect du droit international. Il aspire à servir de “fournisseur de sécurité” pour l’Union européenne, en particulier le long de l’axe sud-est. [15]

Cette aspiration ne se traduit pas toujours par des obligations concrètes. Bien que la Roumanie s’engage formellement à allouer au moins 2 % de son PIB à la défense (dont plus de 20 % à la modernisation et à la R&D)[16], dans la pratique, l’investissement réel dans la recherche et l’innovation reste nettement inférieur. En 2023, les dépenses de R&D étaient estimées à seulement 0,54 % du budget de la défense, en grande partie en raison de l’absence d’une ligne dédiée à la recherche dans la planification financière du ministère de la Défense.[17] La Roumanie participe activement à la Présence avancée renforcée (eFP) de l’OTAN et accueille des groupements tactiques multinationaux sur son territoire[18]. les forces roumaines participent à des patrouilles conjointes et à des missions de surveillance en mer Noire, tout en effectuant des rotations d’entraînement sur terre, qui comprennent des opérations conjointes avec les forces américaines, françaises, polonaises et britanniques [ 19 ]. [Bucarest apporte également son soutien aux missions de sécurité de l’UE, renforçant ainsi sa réputation de contributeur à la défense collective plutôt que de simple bénéficiaire.[21]

Washington considère la Roumanie comme un allié fiable et un point d’appui géostratégique[22]: elle est limitrophe de l’Ukraine, assure une porte d’accès à la mer Noire et fournit une profondeur logistique au flanc oriental de l’OTAN. La mer Noire est de plus en plus reconnue comme un théâtre critique pour la dissuasion transatlantique contre la Russie. La base de Mihail Kogălniceanu deviendra d’ailleurs la plus grande base de l’OTAN en Europe d’ici 2030.

L’implication de la Roumanie dans l’européanisation de la Moldavie est une composante de la stratégie de partenariat oriental de l’UE, qui vise à stabiliser la région orientale de l’UE. La Roumanie sert de pont culturel et politique, offrant à la Moldavie des interconnexions énergétiques, une formation administrative et un paradigme pour l’intégration euro-atlantique.

Le rôle de Bucarest en tant que tampon, corridor et plateforme d’influence occidentale au-delà des frontières actuelles de l’UE est réaffirmé par son soutien à l’assistance civile et militaire en Ukraine, ainsi que par la facilitation du transit de l’énergie, des céréales et des réfugiés. [23]

Par conséquent, la Roumanie n’est pas simplement un consommateur de sécurité ; elle est plutôt un catalyseur essentiel de la profondeur stratégique euro-atlantique. Cette fonction vise à garantir que les objectifs géopolitiques de la Roumanie sont conformes aux visions de sécurité des États-Unis et de l’Europe.

3.2. Priorité régionale : Moldavie, Ukraine, mer Noire

La vocation régionale est l’autre composante essentielle de la politique étrangère roumaine.

La Moldavie, qualifiée à plusieurs reprises de “pays frère” par l’ancien président roumain Klaus Iohannis[24], est une priorité absolue pour la Roumanie, non seulement en raison de sa proximité linguistique et culturelle, mais surtout en raison de l’impératif géopolitique d’empêcher Chișinău de retomber dans la sphère d’influence de la Russie. Pour Bucarest, la Moldavie n’est pas seulement un État voisin, mais une extension civilisationnelle de son identité nationale, dont l’intégration dans l’espace euro-atlantique est perçue comme une responsabilité historique et une nécessité stratégique.

Depuis 2014, le soutien roumain s’est intensifié sur plusieurs fronts : de la coopération énergétique à la convergence administrative en passant par l’assistance réglementaire pour l’harmonisation avec les normes européennes. Le gazoduc Iași-Ungheni-Chișinău, opérationnel depuis 2021, qui permet à Chișinău de recevoir des approvisionnements énergétiques alternatifs au gaz russe, en est un excellent exemple. Après 2022, Bucarest a encore développé ses exportations d’énergie vers la Moldavie pour compenser les perturbations causées par les attaques russes contre les infrastructures ukrainiennes.[25]

Outre l’énergie, la Roumanie fournit une assistance pour le renforcement des capacités administratives, des investissements dans les infrastructures et un soutien croissant aux médias, à l’éducation et à la culture.[26] Cet ensemble d’interventions a contribué à projeter une image d'” hégémonie douce “, stabilisatrice et modernisatrice, en contraste frappant avec l’approche coercitive de la Russie.

Dans le même temps, Bucarest a évité une position hégémonique explicite, préférant une stratégie nuancée qui n’alimente pas la résistance locale ou les frictions internationales. L’accent mis sur les menaces hybrides, de la désinformation aux manœuvres de déstabilisation dans la région de la Transnistrie, a conduit à une coopération essentiellement bilatérale, mais de plus en plus alignée sur les politiques de voisinage de l’OTAN.[27]

L’objectif diplomatique de la Roumanie est clair : transformer la Moldavie d’une zone grise en une démocratie pleinement ancrée à l’Ouest, contribuant ainsi à redéfinir l’architecture de sécurité régionale. Dans cette perspective, l’intérêt de la Roumanie ne se limite pas à la protection de son propre flanc oriental, mais comprend une ambition plus large : consolider un rôle de premier plan sur le flanc sud-est de l’OTAN et de l’UE, même en concurrence partielle avec la Pologne. Des formules telles que les Neuf de Bucarest (B9), cofondées par Bucarest et Varsovie en 2015, et le rôle de premier plan de la Roumanie dans l’Initiative des trois mers, témoignent de sa volonté d’être reconnue comme un interlocuteur stratégique privilégié tant à Bruxelles qu’à Washington.

La Roumanie a également offert un soutien substantiel à l’Ukraine, tant sur le plan bilatéral qu’au sein des structures de l’OTAN et de l’UE[28]. [Les couloirs humanitaires, l’aide médicale, l’approvisionnement en carburant et l’assistance militaire (notamment par le biais de la formation et de la logistique) ont défini la réaction de Bucarest depuis février 2022.[29] À la suite de l’interruption des canaux maritimes passant par Odessa, les cargaisons de céréales ukrainiennes ont emprunté le canal de Constanța, tandis que le trafic fluvial sur le Danube s’est développé pour accueillir les marchandises et les migrants en situation d’urgence. [30]

Les points de friction persistent. La minorité roumaine d’Ukraine à Tchernivtsi et Zakarpattia continue de susciter des inquiétudes diplomatiques, notamment en ce qui concerne les droits à l’éducation et les réglementations linguistiques[31]. [Bucarest est également préoccupé par les risques environnementaux et les traités internationaux dans le cadre du différend sur le canal de Bastroe, une initiative ukrainienne visant à approfondir une route commerciale dans le delta du Danube[32]. La Roumanie a réagi avec assurance mais prudence, en équilibrant l’intérêt national et l’unité stratégique face à la Russie

Les objectifs stratégiques de la Roumanie se reflètent dans la mer Noire. Autrefois qualifiée de “lac russe”, la mer Noire est aujourd’hui une scène géopolitique où la Roumanie tente de se réinventer en tant qu’acteur maritime. Trois piliers [33] soutiennent cette vision :

  • La sécurité : Déploiements de l’OTAN et investissements dans la défense côtière (batteries de missiles, surveillance par drone) ;
  • Connectivité : Développement du corridor Danube-mer Noire et modernisation du port de Constanța ;
  • Diplomatie : participation à des forums multilatéraux tels que la CEMN et défense de la stratégie UE-OTAN pour la mer Noire.

La Bulgarie est un partenaire et un homologue dans cette situation délicate. Sofia soutient les ambitions de Bucarest en matière d’OTAN et d’UE, bien que ses relations mitigées avec la Russie (en particulier dans les domaines de l’énergie et de la culture) soient à l’origine de divergences occasionnelles. La Roumanie a donné la priorité à la collaboration dans des domaines tels que les exercices navals conjoints en mer Noire, les projets énergétiques régionaux et le contrôle coordonné des frontières pour faire face aux menaces migratoires et hybrides. [34]

L'”axe du flanc oriental”, le triangle Bucarest-Sofia-Athènes, a également commencé à se former en tant que cadre pour des postures défensives synchronisées et la défense des intérêts de l’UE. La Roumanie considère la Bulgarie comme un partenaire vital pour la sécurité régionale, qui renforce la frontière sud-est de l’OTAN.[35]

Globalement, la stratégie régionale de la Roumanie est la stabilisation par l’intégration. Bucarest veut relier les alliés, façonner la dynamique du voisinage et transformer ses vulnérabilités en levier stratégique, de la Moldavie au bassin de la mer Noire.

4. Partenariats et plateformes multilatérales : Le réseau diplomatique de Bucarest

Comme nous l’avons mentionné, la stratégie géopolitique de la Roumanie ne se limite pas à son axe bilatéral avec les États-Unis ou à son rôle au sein de l’OTAN : au contraire, au fil des années, Bucarest a été en mesure de construire un système multilatéral complexe qui la projette en tant qu’acteur clé dans les formats régionaux. Malgré leurs différences d’objectif et d’ambition, ces partenariats visent tous à renforcer la position de la Roumanie en tant que centre géopolitique de l’Europe du Sud-Est, protection contre l’instabilité à l’Est et lien entre l’Europe et la région post-soviétique.

4.1. Bucarest Neuf (B9)

Lancé en 2015 à l’initiative conjointe de l’ancien président roumain Klaus Iohannis et du président polonais Andrzej Duda, le format B9 réunit les pays de l’OTAN sur le flanc oriental, de la Bulgarie aux États baltes. Son objectif est clair : coordonner les stratégies défensives et dissuasives à l’égard de la Russie, en renforçant la position commune au sein de l’Alliance atlantique.

Avec la détérioration de la sécurité régionale depuis 2022, le B9 a pris un nouveau rôle central. L’invitation du président américain Biden (2021) [36] et du secrétaire général de l’OTAN Stoltenberg (2022) [37] à participer aux sommets du groupe a marqué un saut symbolique et politique de qualité. Bucarest entend réaffirmer son leadership dans ce contexte, en contrant l’influence croissante de la Pologne. Aujourd’hui, une subtile compétition intra-orientale se déroule pour le leadership du front oriental de l’Alliance.[38]

Figure 3. Carte de Bucarest 9

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4.2. L’initiative des trois mers

L’initiative des trois mers (3SI), établie en 2016 et comprenant 12 États situés entre la mer Baltique, la mer Adriatique et la mer Noire, représente un autre pilier de la vision stratégique de la Roumanie. La 3SI est ancrée dans un concept historique de longue date : l’Intermarium, une stratégie envisagée à l’origine par la Pologne pour contrer les menaces militaires de la Russie. Toutefois, comme l’observe Piotr Wójcik. [39], la version actuelle de l’initiative est principalement axée sur le développement des infrastructures plutôt que sur la sécurité. La région, qui représente 28 % du territoire de l’UE et 22 % de sa population, mais seulement 10 % de son PIB, a souffert de décennies de sous-investissement. Néanmoins, au-delà de ses objectifs économiques et infrastructurels, l’initiative comporte une dimension géopolitique latente, notamment en ce qui concerne l’influence des deux grandes puissances qui encadrent la région, la Russie et l’Allemagne. Un exemple notable est l’opposition collective aux projets Nord Stream 1 et 2, qui contournent l’Europe centrale et orientale en faveur d’une coopération énergétique directe entre l’Allemagne et la Russie. L’accent mis par l’initiative sur la sécurité énergétique régionale, illustré par l’intérêt accru pour les importations de gaz naturel liquéfié (GNL), y compris les exportations américaines, suggère qu’il s’agit, en partie, d’une réponse aux pressions géopolitiques[40]. [40]

Figure 4. Carte de l’initiative des trois mers

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L’un des défis fondamentaux auxquels est confrontée l’initiative des trois mers est la divergence d’intérêts entre ses trois régions maritimes : la mer Baltique, la mer Adriatique et la mer Noire. Alors que la région de la Baltique domine actuellement grâce à sa puissance économique et à ses structures de gouvernance bien établies, la mer Noire reste sous-développée et présente des risques pour la sécurité. Du point de vue de la Roumanie, la mer Noire devrait être au centre de l’initiative. Non seulement la région offre des opportunités économiques, telles que des infrastructures portuaires sous-utilisées à Constanța et des centres énergétiques stratégiques à Burgas, mais elle présente également des défis en matière de sécurité qui doivent être relevés pour que l’initiative atteigne une stabilité à long terme[41]. [La mer Noire, étudiée plus en profondeur à la section 5, reste l’une des régions les plus instables d’Europe . L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, la guerre en cours dans l’est de l’Ukraine et les incertitudes entourant l’orientation stratégique de la Turquie dans le Caucase et au Moyen-Orient contribuent à fragiliser l’environnement sécuritaire.

La Roumanie voit un double potentiel dans la 3SI :

  • Sur le plan interne, pour combler le fossé infrastructurel avec l’Europe occidentale ;
  • À l’extérieur, pour équilibrer l’influence allemande et contenir l’influence russo-turque, également par le biais d’approvisionnements énergétiques alternatifs tels que le gaz naturel liquéfié américain.

4.3 La Chine et les 16 1 format

Simultanément, Bucarest a la possibilité de s’engager sur plusieurs fronts grâce à la participation de la Chine à l’initiative “la Ceinture et la Route” (BRI) et au format 16 1, préservant ainsi un certain degré d’adaptabilité diplomatique face à la polarisation mondiale croissante.

Figure 5. Comparaison cartographique entre l’initiative des trois mers et l’ancien format 16 1

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La Roumanie participe théoriquement au cadre 16 1, une initiative lancée par Pékin pour promouvoir la coopération avec les pays d’Europe centrale et orientale.[42] Toutefois, elle le fait avec un engagement stratégique minimal et un enthousiasme limité.[43]

Bucarest a maintenu une position prudente et souvent ambivalente, contrairement à des pays comme la Hongrie et la Serbie, qui ont établi des liens politiques et infrastructurels substantiels avec la Chine. Les investissements dans les secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les transports et les télécommunications, sont négligeables en Chine. Les projets envisagés précédemment, tels que la construction de réacteurs nucléaires à Cernavodă ou de liaisons ferroviaires à grande vitesse, ont été soit entièrement abandonnés, soit revus à la baisse, soit reportés. La décision de Bucarest d’exclure Huawei du développement de l’infrastructure 5G en 2021 a été largement perçue comme un signal d’alignement stratégique avec Washington, qui a servi à renforcer son orientation atlantiste.[44]

En général, la Roumanie ne manifeste qu’un intérêt minimal pour le renforcement de ses relations avec l’Asie de l’Est. L’élite politique, le discours universitaire et l’environnement commercial du pays sont résolument orientés vers l’Occident, avec un engagement culturel, commercial ou institutionnel minimal avec la région indo-pacifique. En raison de l’absence de présence chinoise, la Roumanie est plus précisément qualifiée d'”anomalie régionale”. Cette situation est le résultat d’une culture de politique étrangère influencée par l’intégration euro-atlantique plutôt que par le pragmatisme multi-vectoriel, l’inertie institutionnelle et la dépendance historique.

En conséquence, l’influence de la Chine en Roumanie est essentiellement symbolique et périphérique, fonctionnant davantage comme une couverture diplomatique que comme un véritable pilier stratégique. Les engagements fondamentaux de Bucarest envers l’OTAN, l’UE et l’alliance transatlantique ne sont pas remis en question par sa participation au format 16 1, qui lui offre des opportunités économiques marginales et un certain degré de visibilité dans le contexte indo-pacifique.

La Roumanie utilise le format 16 1 comme une plateforme d’engagement civil, ce qui est bénéfique pour le maintien des canaux diplomatiques. Toutefois, elle n’a pas l’intention stratégique et la dynamique intérieure nécessaires pour transformer cette participation en un pivot oriental substantiel.

4.4. Relations avec la Moldavie et l’Ukraine : diplomatie de proximité

La participation à plusieurs niveaux de la Roumanie ne se limite pas aux formats officiels.

La diplomatie de proximité est un élément clé de la stratégie multilatérale de la Roumanie, notamment à l’égard de la Moldavie et de l’Ukraine, deux pays que Bucarest considère comme essentiels à la stabilité de l’ensemble de la région de la mer Noire. Tout en partageant une proximité géographique et ethnoculturelle, l’approche diplomatique de la Roumanie se distingue par sa profondeur à plusieurs niveaux, combinant le plaidoyer européen, le soutien bilatéral et le positionnement symbolique.[45]

Dans le cas de la Moldavie, la Roumanie a constamment agi comme le principal sponsor diplomatique de la voie européenne de Chișinău.[46] De l’octroi du statut de candidat à l’UE en 2022 aux négociations pour l’ouverture des chapitres d’adhésion, Bucarest a utilisé son influence à Bruxelles pour faire avancer l’agenda moldave dans le cadre de la politique de voisinage et du Partenariat oriental. [47] Comme l’a souligné le Premier ministre Marcel Ciolacu lors de sa visite officielle à Chișinău le 4 octobre 2024, ” Le gouvernement de la Roumanie soutiendra davantage le développement de la République de Moldavie à tous les niveaux. ” [48]

Cette approche est renforcée par une diplomatie parlementaire et intergouvernementale active, avec de fréquents sommets bilatéraux et trilatéraux (par exemple Roumanie-Moldavie-Ukraine) et des initiatives de coopération entre les commissions des affaires étrangères et de la défense. [49] L’ambassade de Roumanie à Chișinău est également l’un des centres diplomatiques les plus actifs de la région, servant de laboratoire pour l’européanisation administrative moldave et de caisse de résonance pour le dialogue culturel et médiatique transfrontalier.

Dans le cas de l’Ukraine, la diplomatie roumaine a pris une forme complémentaire : une diplomatie de la solidarité et de la résilience, qui s’est surtout développée après l’invasion russe de 2022. Bucarest a soutenu les résolutions de l’ONU et de l’UE en faveur de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, encouragé les sanctions contre la Russie et facilité l’adhésion de l’Ukraine aux mécanismes européens tels que la Communauté politique européenne. Dans le même temps, elle a joué un rôle de médiateur dans les tensions liées à la minorité roumaine en Ukraine, en favorisant le dialogue direct entre les ministères et les canaux diplomatiques confidentiels. [50]

La Roumanie a également insisté pour inclure la dimension “mer Noire” dans les agendas diplomatiques multilatéraux, tant au sein du Conseil de l’UE que lors des sommets de l’OTAN. Comme le souligne la stratégie militaire de la Roumanie, la région est définie comme “un voisinage stratégique étendu dont la stabilité est directement liée à la sécurité nationale de la Roumanie”. D’où l’engagement de soutenir, y compris sur le plan diplomatique, la résilience institutionnelle et les initiatives de sécurité civile en Ukraine.[51]

La diplomatie de proximité de Bucarest à l’égard de la Moldavie et de l’Ukraine n’est donc pas une simple réaction géopolitique : il s’agit d’un modèle de diplomatie proactive et identitaire, qui vise à transformer ses voisins orientaux en partenaires structurels de l’Union européenne. En ce sens, la Roumanie se présente comme un pont politique, culturel et réglementaire entre l’Europe intégrée et son voisinage oriental.

5. La mer Noire, frontière stratégique de la Roumanie

La mer Noire n’est plus depuis longtemps une simple référence géographique dans le discours géopolitique roumain : elle est désormais au centre d’une vision stratégique qui englobe l’énergie, le commerce, la diplomatie et la sécurité. Bucarest ne la considère pas seulement comme une région d’intérêt, mais la perçoit plutôt comme un paradigme stratégique à plusieurs niveaux dont la pertinence dépasse le cadre national. Dans cette vision, plutôt que de rester théorique, la mer Noire devient un reflet de l’architecture géopolitique de l’Europe, un environnement dans lequel l’équilibre des pouvoirs est concrétisé par la logistique portuaire, les routes énergétiques, l’infrastructure militaire et les coalitions diplomatiques.

Figure 6. Carte politique de la mer Noire avec détails sur les infrastructures clés

Map of the black sea

Dans ce contexte, Bucarest se présente comme le centre de gravité régional, garant de la stabilité et promoteur d’un ordre maritime fondé sur la coopération et les règles. L’invasion massive de l’Ukraine par la Russie et l’accélération du réalignement stratégique qui s’en est suivie ont rendu cette ambition plus visible et plus affirmée depuis 2022. Actuellement, la mer Noire est une ligne de fracture géopolitique qui sépare l’Est et l’Ouest. La Roumanie est contrainte de maintenir un équilibre instable influencé par les ambitions de la Russie, de la Turquie, de l’OTAN et, dans une plus large mesure, de la Chine. [52]

Le port de Constanța est un symbole de la stratégie roumaine, servant de porte intermodale qui relie le Danube à la mer Noire, les réseaux terrestres aux routes maritimes et l’Europe continentale au Caucase et au Moyen-Orient. Constanța dispose de capacités de stockage stratégiques pour le GNL, les engrais, les céréales et le matériel militaire, et est entièrement intégré au réseau RTE-T de l’UE.[53] [54] [55] En outre, il est devenu un centre logistique essentiel pour les exportations ukrainiennes et l’aide internationale depuis 2022, accueillant des volumes accrus de cargaisons liées à l’OTAN et de transits de céréales. [56]

Cette centralité logistique est encore soulignée par une perspective énergétique complémentaire. Bucarest est à l’avant-garde du programme de diversification énergétique de l’Europe en raison de l’alignement de la Roumanie sur des fournisseurs non russes, tels que les États-Unis et le Qatar, et de projets tels que Neptun Deep. En outre, la Roumanie a investi dans l’exploitation offshore. Parallèlement, la participation à l’initiative des trois mers favorise une approche de connectivité nord-sud qui vise à réduire la dépendance de l’Europe centrale et orientale à l’égard des flux énergétiques russes et des contraintes infrastructurelles allemandes. [57]

C’est la Russie qui menace le plus directement et le plus durablement la sécurité de la Roumanie dans la mer Noire. Moscou poursuit une stratégie de domination maritime depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Cette stratégie implique le déploiement de systèmes de missiles sophistiqués, de sous-marins et de réseaux de défense aérienne pour transformer la mer en une zone contestée. La transformation de la Crimée en un bastion militarisé permet à la Russie de projeter sa force non seulement sur l’Ukraine, mais aussi sur la périphérie maritime et aérienne de la Roumanie. [58]

Bucarest interprète les activités de la marine russe, qui comprennent des incursions fréquentes, la guerre électronique et le harcèlement des missions de surveillance de l’OTAN, comme des composantes d’une doctrine plus large de pression psychologique et militaire. Cette doctrine vise à saper la confiance stratégique de la Roumanie et à la dissuader de s’affirmer comme chef de file régional. La réaction de la Roumanie, qui est fermement ancrée dans le cadre de la défense collective de l’OTAN, témoigne d’une prise de conscience croissante du fait que la mer Noire n’est plus un territoire intermédiaire, mais plutôt une ligne de front avancée de la concurrence hybride et conventionnelle. [59]

Bien que la Turquie soit officiellement un allié de l’OTAN, elle remplit une double fonction dans les calculs stratégiques de la Roumanie. D’une part, Ankara partage l’intérêt de la Roumanie à préserver la liberté de navigation et à contrebalancer les ambitions maritimes de la Russie. D’autre part, la Turquie est une puissance régionale aux intérêts autonomes qui cherche à maximiser son influence géopolitique dans la mer Noire en jouant les équilibristes entre Moscou et Bruxelles.

La Convention de Montreux, qui accorde à Ankara la souveraineté sur le Bosphore et les Dardanelles, limite juridiquement le déploiement des marines de l’OTAN, qui ne sont pas présentes en mer Noire et restreint la capacité de l’Alliance à maintenir une présence maritime continue. En conséquence, la Roumanie reste vulnérable et insuffisamment soutenue dans le domaine maritime, s’appuyant fortement sur une dissuasion terrestre et aérienne plutôt que sur une doctrine navale totalement intégrée.

En outre, la quête de leadership régional de la Turquie, qui englobe la modernisation de sa flotte navale, la prolifération des drones et la coopération sélective avec la Russie dans des secteurs tels que l’énergie et la sécurité, introduit un élément concurrentiel dans l’équilibre régional. La Roumanie continue de favoriser la coopération bilatérale avec Ankara, notamment dans le cadre des exercices de l’OTAN et de l’initiative “Black Sea Harmony”. Toutefois, elle se méfie de l’ambiguïté stratégique de la Turquie et de ses positions parfois divergentes. [60]

La Roumanie a consolidé sa position de bastion méridional de l’Alliance atlantique sur le plan militaire. La transformation de la Roumanie d’un avant-poste périphérique en un pivot stratégique du flanc oriental de l’OTAN est soulignée par la rotation permanente des forces américaines et alliées, le renforcement des installations à Dobruja et l’expansion de la base aérienne de Mihail Kogălniceanu. Ces développements sont encore renforcés par l’établissement de centres de commandement et de contrôle, l’augmentation du partage des renseignements et la modernisation des capacités nationales, qui visent tous à combler les lacunes navales de la Roumanie et à répondre à l’affirmation maritime croissante de la Russie. [61]

Néanmoins, les contraintes structurelles persistent. La conscience collective de la situation de la Roumanie est diminuée par l’absence d’un commandement maritime de l’OTAN au niveau de la mer Noire et d’une marine moderne de haute mer capable de mener des opérations régionales soutenues. En outre, l’adaptabilité maritime de l’OTAN reste limitée par les restrictions juridiques imposées par la Convention de Montreux. Dans ce contexte, Bucarest a opté pour un modèle hybride terre-air-mer, en développant ses systèmes de surveillance côtière, ses capacités en matière de drones et son infrastructure de détection précoce[62]. En outre, elle plaide en faveur d’un mécanisme de coordination UE-OTAN plus robuste en mer Noire. [63]

L’objectif de la Roumanie est sans ambiguïté : empêcher l’asservissement maritime, contenir l’agression russe, contrebalancer l’affirmation turque et projeter les valeurs euro-atlantiques dans une région cruciale. La Roumanie doit maintenir ses investissements dans l’infrastructure, la comptabilité de l’alliance et la capacité navale afin d’atteindre ses objectifs.

5.1 Géopolitique des risques et diplomatie de la mer Noire

Malgré les efforts diplomatiques, la mer Noire n’a toujours pas d’identité géopolitique commune.
Les tentatives de construction d’une “macro-région de la mer Noire”, sur le modèle de la Baltique, se heurtent à des rivalités historiques et à un capital politique encore faible. Les tentatives passées de coopération régionale, telles que l’Organisation de coopération économique de la mer Noire et la Communauté de choix démocratique, n’ont pas abouti à des résultats significatifs.[64] La Roumanie doit donc plaider en faveur d’un rôle plus important de l’initiative des trois mers dans la stabilité régionale, tout en veillant à ce que les préoccupations en matière de sécurité n’éclipsent pas ses objectifs de développement économique.

Pourtant, la Roumanie insiste, convaincue que la seule façon de sortir de la logique du tampon régional est de construire une plate-forme eurasienne intégrée. Pour ce faire, elle encourage l’inclusion d’acteurs extrarégionaux tels que les États-Unis et l’Union européenne et soutient les mécanismes à plusieurs niveaux qui impliquent également la Moldavie, l’Ukraine et la Géorgie dans les formats existants.[65]

Tbilissi, comme Chișinău et Kiev, aspire à une intégration euro-atlantique plus profonde et partage avec la Roumanie une forte perception historique de l’affirmation russe comme une menace fondamentale pour la souveraineté. Les relations bilatérales entre Bucarest et Tbilissi se sont intensifiées ces dernières années, la Roumanie réaffirmant constamment son soutien à l’intégrité territoriale de la Géorgie et à ses aspirations à l’adhésion à l’OTAN et à l’UE[66]. le ministère roumain des affaires étrangères a souligné le rôle de la Géorgie en tant que partenaire stratégique clé dans la région de la mer Noire, notamment en termes de promotion de la stabilité et de la connectivité régionale. [67]

Du point de vue des infrastructures, la Géorgie est considérée comme un complément stratégique à la vision roumaine sur la mer Noire. Les corridors maritimes et énergétiques reliant le bassin de la Caspienne à l’Europe, en particulier le corridor de transport mer Noire-Caspienne, font de la Géorgie un pivot potentiel pour la connectivité est-ouest. L’intérêt de la Roumanie à intégrer la Géorgie dans la logique plus large des trois mers découle de cet alignement géoéconomique : une mer Noire interconnecté incluant Tbilissi offrirait non seulement une diversification des voies de transport, mais aussi une profondeur stratégique pour contrebalancer les ambitions de la Russie et de la Turquie.

6. Remarques finales

Située à la frontière de l’Union européenne, la Roumanie joue un rôle crucial dans le maintien de la stabilité en Europe du Sud-Est. L’importance géopolitique du pays a été renforcée par les conflits régionaux, notamment les guerres dans l’ex-Yougoslavie, les tensions en Ukraine et les défis sécuritaires le long de la mer Noire. La Roumanie s’est positionnée comme un partenaire fiable de l’OTAN et de l’UE, contribuant aux missions de maintien de la paix, aux initiatives de lutte contre le terrorisme et aux programmes de défense stratégique.

Trois décennies après la chute du communisme, la Roumanie s’est fermement établie comme un membre stable et engagé de l’OTAN et de l’Union européenne. Sa situation stratégique, son économie en pleine croissance et sa participation active aux initiatives régionales en matière de sécurité en font un acteur clé de l’Europe du Sud-Est. Toutefois, des défis persistent, notamment en matière de gouvernance, de modernisation économique et d’inclusion sociale.

Alors que l’Union européenne est confrontée à de nouvelles incertitudes géopolitiques et économiques, la Roumanie a la possibilité de renforcer son rôle de pont entre l’Est et l’Ouest. Néanmoins, des fragilités structurelles subsistent et risquent de limiter son potentiel. Les problèmes critiques ne sont pas seulement d’ordre économique ou infrastructurel, mais aussi d’ordre politique, institutionnel et identitaire. Les conflits politiques internes ont considérablement entamé la crédibilité de la Roumanie sur la scène internationale. Les luttes de pouvoir entre les factions gouvernementales, la corruption généralisée et les conflits institutionnels fréquents ont affaibli le cadre de gouvernance du pays. Les récentes crises politiques du pays ont déclenché des manifestations de masse et un examen minutieux de la part de l’UE. Cette instabilité diminue l’influence de la Roumanie au sein des organes décisionnels européens, de l’alliance transatlantique et de la scène internationale.

C’est peut-être dans le secteur de l’énergie que les échecs stratégiques les plus importants des dernières décennies ont été enregistrés. La position incertaine de la Roumanie dans les négociations sur des projets clés tels que South Stream et Nabucco a affaibli sa position au sein de la diplomatie européenne de l’énergie.[68] Le pays a d’abord cherché à conclure des accords directs avec la Russie pour l’approvisionnement en gaz naturel tout en soutenant des projets soutenus par l’UE, ce qui a donné une impression d’incohérence et a sapé sa crédibilité en tant que partenaire fiable.

Pour compléter le tableau des problèmes critiques, il y a l’exposition persistante du pays à la criminalité transnationale, qui le place toujours, avec d’autres acteurs des Balkans, le long de “l’autoroute du crime” qui traverse la mer Noire, le Danube et les frontières sud-est de l’Union. Des trafics d’armes, de migrants, de drogues et même d’uranium enrichi (selon l’AIEA) continuent de transiter par le territoire roumain, alimentant les réseaux occultes et l’infiltration des structures économiques et politiques. [69]

Ces vulnérabilités compromettent la position de Bucarest en tant que “fournisseur de sécurité” crédible et amplifient les réserves de certains partenaires européens. La Roumanie se trouve donc suspendue entre des ambitions stratégiques et des limites réelles.

Le chemin à parcourir nécessitera une volonté politique soutenue. Cependant, comme l’histoire l’a montré, la résilience et la détermination de la Roumanie lui ont déjà permis de traverser des transitions complexes. L’avenir offre à ce pays un potentiel considérable non seulement pour consolider son identité européenne, mais aussi pour façonner la trajectoire plus large de l’Europe du Sud-Est au sein de l’ordre mondial en évolution.

La capacité du pays à retrouver une importance stratégique dépendra de ce qui suit :

  • La résolution de l’instabilité politique et le rétablissement de la crédibilité institutionnelle.
  • Renforcer les politiques économiques afin d’attirer les investissements et d’améliorer la compétitivité
  • Renforcer son rôle dans la politique de l’UE en matière de sécurité et d’énergie, notamment en soutenant des projets énergétiques paneuropéens.

Ce n’est qu’en conciliant ses réformes internes avec ses ambitions extérieures que la Roumanie pourra véritablement passer du statut d’acteur périphérique à celui de force centrale qui façonnera l’avenir de la frontière orientale de l’Europe.

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  69. Maria Podkopaeva, “The Case for Nuclear Forensics to Strengthen Nuclear Security Internationally”(AIEA, 30 janvier 2020) <https://www.iaea.org/bulletin/the-case-for-nuclear-forensics-to-strengthen-nuclear-security-internationally> consulté le 22 avril 2025 ; EU Non-Proliferation Consortium, “Nuclear Trafficking Issues in the Black Sea Region” ; Walter Kemp, “Undercurrents : Blue Crime on the Danube’(Global Initiative) <https://globalinitiative.net/analysis/undercurrents-blue-crime-on-the-danube/> consulté le 22 avril 2025 ; Office européen de police, ’42 Arrested for Smuggling Migrants across the Danube’(EUROPOL, 2024) <https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/42-arrested-for-smuggling-migrants-across-danube> consulté le 22 avril 2025.
B.F.G. Fabrègue

Brian Fabrègue est un juriste et cadre supérieur dans le domaine des technologies financières (FinTech) qui compte plus de dix ans d'expérience à la croisée de la réglementation financière, de l'innovation numérique et de la conformité transfrontalière. Il est titulaire d'un doctorat en droit financier de l'université de Zurich, où ses recherches ont porté sur la réglementation des technologies financières, complété par plusieurs masters en droit, technologie, commerce international, économie et histoire de l'art obtenus dans des universités européennes. Sur le plan professionnel, il a occupé les fonctions de conseiller juridique et de directeur juridique pour des entreprises spécialisées dans la blockchain et la finance numérique, fournissant des conseils en matière de licences, de stratégie réglementaire, de conformité au RGPD, de tokenisation et de gouvernance d'entreprise dans plusieurs juridictions. En tant que président du groupe de réflexion Blue Europe, il gère les activités et les projets de recherche de l'organisation, tout en menant des recherches sur les politiques en matière de droit, d'économie et de gouvernance publique.

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